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Le monde entier est sous le choc, non pas à cause de la guerre en Iran, ni même à cause de l’élimination spectaculaire, presque hollywoodienne, d’Ali Larijani, présenté comme l’un des cerveaux du régime iranien.
Le monde n’est pas non plus tétanisé uniquement parce que nous sommes peut-être à l’aube d’une troisième guerre mondiale ou parce que l’ordre économique international est profondément déstabilisé par une confrontation entre les États-Unis, Israël et l’Iran, dont les conséquences restent encore imprévisibles, floues, angoissantes pour l’humanité entière.
Non. Depuis hier, le choc est ailleurs.
Il est venu du football africain.
Et plus précisément d’une décision qui dépasse de loin le cadre du sport, par sa gravité symbolique et morale : celle de la Confédération africaine de football, accusée aujourd’hui de fonctionnement opaque, et d’une dérive éthique qui scandalise bien au-delà du continent africain.
Ce ne sont pas seulement les médias sportifs qui s’en émeuvent, mais aussi la presse généraliste internationale, les observateurs, les anciens joueurs, les analystes. Tous parlent d’un scandale mondial.
Car ce qui s’est produit est tout simplement inédit.
Deux mois après la finale de la Coupe d’Afrique des nations 2025, la CAF a décidé d’annuler la victoire du Sénégal pour attribuer le trophée… au Maroc. Comme si rien ne s’était passé. Comme si le temps sportif pouvait être effacé. Comme si une finale jouée, terminée, célébrée, pouvait être réécrite administrativement.
Le match, pourtant, était allé à son terme. L’arbitre n’avait pas interrompu la rencontre. Aucun forfait n’avait été déclaré. Le Sénégal avait été sacré, les joueurs avaient soulevé le trophée, les médailles avaient été remises. Et pourtant, 58 jours plus tard, un jury disciplinaire décide de requalifier le résultat et d’inverser l’histoire.
C’est précisément cela qui choque.
Parce que cette décision n’a aucun précédent dans l’histoire du football moderne à ce niveau. Oui, il y a eu des sanctions dans le passé. Oui, certains clubs ont été déclassés, certains titres retirés, notamment dans des affaires de corruption ou de fraude. Mais jamais, absolument jamais, une compétition internationale majeure n’a vu son résultat final inversé après coup pour attribuer le trophée à l’adversaire battu sur le terrain.
Et le monde entier l’a compris immédiatement.
En Espagne, les journaux sportifs comme AS et Marca parlent d’un scandale. En Angleterre, le Daily Mail évoque une décision sans précédent prise près de deux mois plus tard. Aux États-Unis, The Athletic s’interroge sur un timing incompréhensible. En Allemagne, Der Spiegel décrit un basculement total deux mois après les faits. En Italie, La Gazzetta dello Sport ironise en affirmant qu’on aurait pu croire à un poisson d’avril, tant la décision semble irréelle.
La réaction est globale. Et elle est sévère.
Même des figures respectées du football mondial n’ont pas caché leur stupéfaction. Claude Le Roy, qui a consacré sa vie au football africain, parle ouvertement d’un « grand guignolesque » et évoque des influences, des dérives, des pratiques qui posent question. De son côté, l’ancien international anglais Jamie Carragher résume l’absurdité de la situation avec une image simple : une équipe gagne, célèbre, soulève le trophée… puis apprend deux mois plus tard qu’elle a perdu. « C’est du football ou du Monopoly ? », lance-t-il.
Au-delà des mots, c’est toute la crédibilité de l’institution qui est aujourd’hui en cause.
Car juridiquement, la décision pose un problème majeur : celui de la rétroactivité.
Une irrégularité, si elle existe, doit être sanctionnée immédiatement ou dans un délai encadré. Elle peut donner lieu à des amendes, à des suspensions, voire à des sanctions sportives. Mais elle ne peut pas, dans un cadre normal, annuler a posteriori un résultat validé, acté, officialisé.
Sinon, c’est toute la logique du sport qui s’effondre.
En agissant ainsi, la CAF ne se contente pas de créer une polémique. Elle crée un précédent.
Un précédent où une victoire n’est plus définitive. Où un trophée peut être retiré après coup. Où le terrain n’est plus l’arbitre final.
Le Sénégal, de son côté, a immédiatement réagi. Sa fédération dénonce une mascarade et annonce un recours devant le Tribunal arbitral du sport à Lausanne. Une bataille juridique s’annonce, longue, complexe, et potentiellement décisive pour l’avenir du football africain.
Parce que ce qui est en jeu, désormais, dépasse une simple finale.
C’est la crédibilité d’un continent footballistique entier.
C’est la confiance dans ses institutions.
Et c’est, au fond, une question simple mais essentielle : dans le football africain, qui décide vraiment du vainqueur ?
Le terrain ?
Ou les bureaux ?


Je ne crois pas que la décision sera définitive, pas avant que l’affaire ne soit portée devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), et que la décision de la CAF ne soit complètement et définitivement annulée.