Ingérence ou stratégie régionale: que veut Alger de Tunis ?

Tunis – L’ »affaire du complot contre la sûreté de l’État » continue de monopoliser l’attention politique et judiciaire en Tunisie.
Tout est parti, à l’automne 2023, d’un simple rapport de police d’un seul paragraphe, alertant sur un groupe de personnalités soupçonnées de vouloir «renverser l’ordre constitutionnel, porter atteinte à la sécurité intérieure et collaborer avec une puissance étrangère».
Ce signalement, pourtant sommaire et dépourvu d’éléments matériels solides, a suffi pour déclencher l’une des enquêtes les plus lourdes et les plus controversées de l’ère post-2011.
Très vite, le dossier s’est élargi à complot contre la sécurité de l’État, espionnage pour le compte d’un État étranger, constitution de groupe terroriste, atteinte à la sûreté extérieure, plans de déstabilisation impliquant des diplomates et des hommes d’affaires.
Les prévenus, anciens ministres, figures de l’opposition, dirigeants d’Ennahdha, avocats, journalistes, ont écopé de peines allant jusqu’à 66 ans de prison, sur la base de témoignages largement contestés, dont plusieurs témoins anonymes et un détenu déjà utilisé dans d’autres affaires sensibles.
Les ONG tunisiennes et internationales dénoncent un procès politique, marqué par: absence de preuves matérielles, rapports d’expertise contestés, témoins non identifiés, refus systématique des demandes de mise en liberté.
L’opposition tunisienne accuse: “l’Algérie est derrière l’avortement du complot”
Alors que la justice tunisienne avance sa version, une partie de l’opposition affirme que les services sécuritaires algériens auraient joué un rôle actif dans la détection et l’avortement, de ce prétendu complot.
Selon ces voix critiques, Alger aurait transmis discrètement des informations sensibles aux autorités tunisiennes, entraînant l’ouverture accélérée du dossier.
Ces accusations d’ingérence algérienne sont rejetées par le pouvoir tunisien, mais elles circulent largement dans les milieux politiques tunisiens, alimentant un climat de suspicion entre acteurs tunisiens et ouvrant un nouveau front dans les relations bilatérales.
La question centrale : que veut l’Algérie de la Tunisie ?
Derrière le bruit judiciaire, demeure une interrogation stratégique fondamentale: Que recherche réellement l’Algérie dans le paysage tunisien?
Selon des sources diplomatiques régionales, la stratégie algérienne s’articule autour de trois axes majeurs :
1- Tenir la Tunisie à distance de l’influence française
Pour Alger, la Tunisie représente un poumon stratégique, profondeur sécuritaire, tampon géopolitique, et un baromètre de stabilité régionale.
L’Algérie observe avec méfiance tout signe d’un retour en force de la France, dont elle redoute l’activisme diplomatique en période de crise tunisienne.
En consolidant son influence à Tunis, Alger cherche à limiter l’accès français à certains leviers politiques, sécuritaires et économiques.
2- Faciliter l’arrimage de Tunis à Riyad
Alger milite, discrètement, pour un rapprochement renforcé entre Kaïs Saïed et l’Arabie saoudite, devenue un acteur majeur du financement régional. Offrir à la Tunisie une alternative financière au FMI et à l’Europe.
Ainsi, l’Algérie voit dans l’aide saoudienne un moyen de stabiliser la Tunisie sans ingérence occidentale.
3- Bloquer l’avancée parallèle des Émirats et du Qatar
Pour Alger, Riyad est un partenaire prévisible, contrairement à: Abu Dhabi, dont les ambitions sécuritaires dans le Maghreb sont jugées intrusives;
Doha, dont l’influence idéologique est perçue comme potentiellement déstabilisatrice.
En soutenant un tête-à-tête Tunis–Riyad, Alger cherche ainsi à neutraliser les réseaux émiratis, endiguer l’influence qatarie, et orienter la scène tunisienne vers un alignement plus équilibré.
L’affaire du «complot» n’est pas seulement un dossier judiciaire: c’est un miroir de la bataille d’influence qui se joue autour de la Tunisie.
L’Algérie, officiellement soucieuse de stabilité, apparaît officieusement comme un acteur majeur cherchant à reconfigurer l’équilibre des alliances tunisiennes pour éloigner Tunis de Paris, rapprocher Kaïs Saïed de Riyad, et contenir les ambitions concurrentes des Émirats et du Qatar.
Dans ce puzzle complexe, la Tunisie devient un terrain où sécurité, diplomatie et politique intérieure s’entremêlent, redessinant les équilibres du Maghreb.
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