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Peine de mort contre les pyromanes : l’annonce de Tebboune fait le tour des médias étrangers

La décision du président Abdelmadjid Tebboune d’engager une modification du Code pénal afin de prévoir la peine capitale, avec exécution, contre les auteurs d’incendies volontaires a rapidement franchi les frontières algériennes.

De la France à la Suisse, en passant par les médias anglophones et africains, l’annonce est largement relayée, avec un élément qui retient particulièrement l’attention : l’Algérie pourrait rompre avec plus de trois décennies sans exécution.

L’annonce n’aura mis que quelques heures à trouver un écho à l’étranger. Au lendemain des déclarations du président Abdelmadjid Tebboune sur les incendies meurtriers qui ont frappé plusieurs régions du pays, de nombreux médias internationaux ont consacré leurs titres à la volonté d’Alger de durcir radicalement la législation contre les auteurs d’incendies volontaires.

Dimanche 30 août, le chef de l’État a ordonné au ministre de la Justice de préparer, avant le 15 septembre, une modification du Code pénal prévoyant la peine de mort contre les personnes impliquées dans des incendies volontaires. Mais c’est surtout la précision apportée par Abdelmadjid Tebboune qui a attiré l’attention : la condamnation serait suivie d’une exécution, une fois les différentes voies de recours épuisées. L’APS a elle-même présenté officiellement la mesure comme une volonté de « réinstaurer la peine de mort avec exécution ».

« Il y aura exécution », une phrase reprise à l’étranger
En France, plusieurs médias ont immédiatement placé cette déclaration au centre de leur couverture. Le Parisien titre ainsi sur la volonté de l’Algérie de « réinstaurer la peine de mort pour les pyromanes », en rappelant que le pays observe un moratoire sur les exécutions depuis 1993.

CNews et 20 Minutes ont également consacré des articles au sujet, signe que l’annonce dépasse désormais le seul traitement de la catastrophe naturelle pour devenir une actualité politique et judiciaire observée à l’extérieur de l’Algérie.

La dépêche a également circulé en Suisse. Swissinfo, tout comme la radio suisse LFM à travers Keystone-ATS/AFP, insiste sur les deux éléments qui donnent à l’annonce sa dimension internationale : le moratoire observé depuis 1993 et la volonté exprimée cette fois par le président algérien que les condamnations soient effectivement exécutées.

Le sujet dépasse d’ailleurs l’espace médiatique francophone. Le quotidien anglophone The National, basé à Abou Dhabi, rapporte à son tour la décision présidentielle et rappelle que la peine capitale existe toujours dans l’arsenal juridique algérien pour plusieurs infractions, même si son application est suspendue de fait depuis plus de trois décennies.

L’agence Anadolu a également repris l’information en anglais, en mettant en avant le délai fixé au 15 septembre pour modifier le Code pénal et la condition posée avant toute éventuelle exécution : l’épuisement des voies de recours.

En Afrique, l’Agence de presse africaine (APA) a consacré dès lundi matin un article à la décision, tandis qu’une reprise attribuée à la BBC a également circulé au Kenya par l’intermédiaire de KBC.

Une nuance importante : la peine de mort n’a jamais disparu du droit algérien
Une partie des titres étrangers parle de « rétablissement » ou de « réinstauration » de la peine de mort. Cette formulation nécessite toutefois une précision.

L’Algérie n’a pas juridiquement aboli la peine capitale. Celle-ci demeure prévue pour certaines infractions. Ce sont les exécutions qui ne sont plus pratiquées depuis 1993, dans le cadre d’un moratoire de fait.

C’est précisément pour cette raison que les mots employés par Abdelmadjid Tebboune prennent une dimension particulière. Il ne s’agit pas seulement d’ajouter une nouvelle catégorie de crime susceptible d’être sanctionnée par la peine capitale : le président a explicitement évoqué son application effective.

Si cette orientation devait aller jusqu’à son terme et conduire effectivement à une exécution, elle constituerait donc une rupture majeure avec une pratique judiciaire vieille de plus de trente ans.
Des incendies à une question de politique pénale

À l’origine de cette décision se trouve une catastrophe qui a profondément marqué l’opinion publique algérienne. Les incendies ayant frappé notamment Jijel, Béjaïa et Tizi Ouzou ont fait au moins douze morts selon le bilan officiel disponible au moment de l’annonce. Plusieurs personnes soupçonnées d’être impliquées dans le déclenchement de feux ont par ailleurs été arrêtées.

Pour Abdelmadjid Tebboune, certains éléments entourant le déclenchement simultané de plusieurs incendies nécessitent des investigations. Le président avait notamment estimé anormal que certains départs de feu surviennent simultanément ou en pleine nuit, annonçant que les enquêtes détermineraient les responsabilités.

L’émotion provoquée par les victimes et l’ampleur des dégâts explique ainsi le contexte dans lequel intervient le durcissement annoncé.

Mais à l’étranger, le débat commence déjà à se déplacer. La question n’est plus seulement celle des incendies ou de la sévérité des sanctions contre leurs auteurs. C’est désormais la possibilité d’un retour effectif des exécutions capitales en Algérie qui devient le principal angle de lecture international.

Le processus reste cependant à accomplir. Le texte demandé par le président doit être préparé par le ministère de la Justice, passer par le gouvernement puis être soumis au Parlement. L’échéance du 15 septembre devrait donc constituer une première étape déterminante.

Entre volonté de dissuasion face aux incendies criminels et rupture possible avec un moratoire vieux de plus de trois décennies, la décision annoncée à Alger vient ainsi d’ouvrir un dossier dont les répercussions pourraient largement dépasser les frontières nationales.

Ce n’est pas seulement la décision qui fait l’actualité, mais la manière dont les médias étrangers focalisent déjà leur couverture sur la possible fin du moratoire de fait depuis 1993.

La volonté de sanctionner avec la plus grande sévérité les auteurs d’incendies volontaires ouvre cependant une autre question, tout aussi importante : qu’en est-il des éventuelles défaillances dans la prévention et la gestion de la catastrophe ?

Si les enquêtes doivent identifier et poursuivre ceux qui auraient volontairement provoqué les incendies, elles pourraient également permettre de déterminer si toutes les mesures de prévention, d’alerte, d’évacuation et de protection des populations ont été prises à temps. Et, dans le cas contraire, si certaines défaillances ou négligences ont pu contribuer à alourdir le bilan humain.

Car au-delà de la question pénale se pose celle de la responsabilité de ceux qui étaient chargés d’anticiper le risque et de mettre en œuvre les dispositifs susceptibles de sauver des vies.

Une autre interrogation concerne désormais le bilan humain lui-même. Le chiffre officiel communiqué s’est établi à 12 morts. Mais sur les réseaux sociaux, de nombreux témoignages, publications et récits font état d’une situation qui aurait été plus lourde encore dans certaines zones touchées.

Ces informations ne peuvent, à ce stade, être vérifiées de manière indépendante et ne permettent donc pas d’affirmer que le bilan réel est supérieur au chiffre officiel. Leur nombre et leur circulation alimentent néanmoins les interrogations et rendent nécessaire une communication aussi précise et transparente que possible sur le décompte définitif des victimes.

Punir ceux qui auraient allumé les incendies est une dimension de la réponse. Établir les éventuelles responsabilités de ceux qui auraient failli à les prévenir, à protéger les populations ou à intervenir à temps en est une autre. Entre responsabilité criminelle et responsabilité dans la gestion de la catastrophe, les enquêtes devront permettre d’établir les faits, loin des spéculations comme des conclusions prématurées

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