Tebboune trace les lignes de la nouvelle Algérie : élections sans argent sale, virage minier et rôle régional assumé

Dans un long entretien accordé depuis le siège de la présidence, le chef de l’État Abdelmadjid Tebboune a livré une lecture globale de la phase politique, économique et diplomatique que traverse l’Algérie. De la visite du pape aux élections législatives, en passant par la place des femmes, la question des libertés, la stratégie minière et le dossier malien, le président a esquissé une vision cohérente d’un État en quête de consolidation.
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Revenant d’abord sur la visite du souverain pontife, Tebboune a qualifié l’événement de « réussite », estimant qu’il a permis de rétablir « l’image réelle de l’Algérie ». Il a insisté sur le fait que le pays, bien que majoritairement musulman, « n’a jamais persécuté les autres », rappelant que cette visite a également contribué à déconstruire certains récits hérités de la période coloniale. Selon lui, elle a replacé l’Algérie dans sa profondeur historique, de la Numidie à saint Augustin.
Sur le plan politique intérieur, le président a tenu à rassurer quant à la transparence des prochaines échéances électorales. Il a souligné que la création de l’Autorité nationale indépendante des élections visait précisément à « éloigner l’administration du processus électoral », affirmant que le mot fraude a désormais disparu du vocabulaire politique. Le rôle des collectivités locales restera, selon lui, strictement logistique, sans interférence dans le déroulement du scrutin.
Concernant l’influence de l’argent dans la vie politique, Tebboune a adopté un ton ferme : « Celui qui touche aux élections par l’argent sera sanctionné par la loi. » Il a évoqué des arrestations déjà effectuées et insisté sur la volonté de l’État de permettre aux jeunes candidats d’accéder à la compétition électorale sans dépendre de financements occultes, grâce à un accompagnement public.
La question de la représentation des femmes a également occupé une place importante dans l’entretien. Le président a appelé à une évolution progressive des mentalités, affirmant ne voir « aucun obstacle » à la nomination d’une femme à la tête du gouvernement si elle en a les compétences. Il a rappelé que les femmes dominent aujourd’hui largement dans l’enseignement supérieur, tout en soulignant que leur présence en politique reste encore insuffisante.
À propos de la diaspora, Tebboune a expliqué que l’augmentation du nombre de sièges parlementaires qui lui sont dédiés découle d’un calcul démographique et non d’un geste politique. L’élargissement du corps électoral consulaire a mécaniquement entraîné une hausse de la représentation.
Sur le volet des libertés, le président a rejeté les critiques évoquant un recul, estimant que la liberté d’expression ne peut justifier « l’atteinte à la cohésion nationale ». Il a affirmé que l’Algérie ne reviendra pas à la « période de chaos » antérieure à 2019 et a insisté sur la nécessité de préserver les fondements identitaires du pays, qu’il a décrits comme un triptyque : islam, amazighité et arabité.
Sur le plan économique, Tebboune a longuement détaillé la nouvelle orientation stratégique, notamment à travers le développement du secteur minier. Il a justifié la création d’un ministère dédié par l’ampleur des projets en cours, citant le fer de Gara Djebilet ou encore le phosphate. L’objectif, a-t-il expliqué, est de transformer localement les ressources naturelles afin de créer de la valeur ajoutée et de réduire la dépendance aux hydrocarbures.
Abordant la question du pouvoir d’achat, le président a évoqué les mesures de soutien social, tout en reconnaissant que l’amélioration durable passe par la solidité de l’économie. Il a également révélé l’existence de pratiques frauduleuses dans les exportations, certaines recettes en devises n’ayant pas été rapatriées, ce qui a conduit à un renforcement des contrôles.
Concernant la transition vers le paiement électronique, Tebboune a admis qu’un changement brutal était impossible après des décennies d’économie dominée par le cash. Il a néanmoins affirmé que l’État avançait progressivement vers une traçabilité accrue des transactions, afin de lutter contre le blanchiment et l’économie informelle.
Sur le plan international, le président s’est exprimé sur la crise au Mali, regrettant la dégradation de la situation. Il a rappelé que l’Algérie soutient l’unité du pays et privilégie le dialogue, tout en excluant toute ingérence. Il s’est dit convaincu que la solution ne peut être uniquement militaire et a critiqué implicitement le recours à des acteurs extérieurs armés.
Enfin, évoquant les relations avec les États-Unis, Tebboune a parlé d’un rapprochement basé sur les intérêts mutuels, tout en réaffirmant que l’Algérie ne s’inscrit dans aucun alignement stratégique. Il a également réitéré la position constante d’Alger sur la question palestinienne, affirmant que le conflit ne pourra être résolu que par la création d’un État palestinien dans les frontières de 1967.
En conclusion, le président a insisté sur un principe central : l’Algérie ne « bradera ni son indépendance ni ses richesses ». Il a affirmé que la priorité demeure la construction d’un État stable, fondé sur des institutions solides et une gouvernance affranchie de l’argent occulte et des logiques d’influence.

