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Hamad ben Jassem plaide pour un « OTAN du Golfe »

Dans un long entretien, l’ancien Premier ministre qatari Hamad ben Jassem livre une lecture sévère de la guerre régionale, de l’Iran, d’Israël, du détroit d’Ormuz et de la fragilité du Conseil de coopération du Golfe.Son message central est clair : sans unité stratégique, les monarchies du Golfe resteront exposées aux jeux des grandes puissances et aux calculs de leurs voisins.

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Dans une région où chaque crise en cache une autre, Hamad ben Jassem choisit de ne pas réduire la guerre récente à une simple confrontation entre Washington, Tel-Aviv et Téhéran. Pour l’ancien chef de la diplomatie qatarie, le cœur du problème se trouve aussi dans le Golfe lui-même : l’absence d’une position commune, l’incapacité à peser collectivement dans les décisions américaines et la persistance des rivalités internes.

« Le plus grand danger pour le Golfe, c’est la division entre les États du Golfe », affirme-t-il, en réponse à une question sur les menaces respectives représentées par l’Iran, Israël, les bases américaines ou les désaccords internes. Selon lui, si les pays du Conseil de coopération du Golfe étaient réellement unis, « toutes ces puissances les respecteraient davantage ».

Hamad ben Jassem estime que Benjamin Netanyahu a réussi à entraîner les États-Unis dans une opération militaire qui ne servait ni la région ni les alliés de Washington. « Cette guerre a servi Netanyahu personnellement et son agenda dans la région », dit-il, rappelant que le Premier ministre israélien parle ouvertement d’une « nouvelle carte » régionale et d’un rapport de force imposé par la puissance.

L’ancien responsable qatari critique aussi l’absence d’un rôle décisif des États du Golfe dans la prise de décision américaine. Même s’ils avaient été écartés, dit-il, ils auraient dû imposer leur voix : « Nous sommes les premiers concernés. Nous sommes ceux qui paient le prix. »

Sur l’Iran, Hamad ben Jassem adopte une ligne dure mais non belliciste. Il reproche à Téhéran d’avoir frappé des intérêts et des infrastructures dans le Golfe sous prétexte de viser des intérêts américains. « Les Iraniens doivent comprendre que ce sont les peuples du Golfe qui ont perdu », insiste-t-il. Pour lui, la fermeture du détroit d’Ormuz constitue l’un des développements les plus graves de la crise : « Ce qui s’est passé à Ormuz est plus dangereux encore que beaucoup d’autres épisodes de cette guerre. »

Il qualifie la prise en otage du détroit de « brutalité politique », tout en rappelant que l’Iran reste un voisin incontournable. « À la fin, il faudra des relations avec l’Iran, mais pas sur la base du pardon automatique ni du retour au business as usual. » Selon lui, tout dialogue futur devra être collectif, structuré et fondé sur des réponses claires de Téhéran.

L’ancien Premier ministre qatari plaide alors pour une architecture de sécurité nouvelle : un « OTAN du Golfe », construit d’abord autour d’un noyau de trois ou quatre États, avant d’être élargi. Mais il prévient : ce projet ne peut pas être une alliance de façade. Il exige un système juridique commun, des règles respectées par les grands comme par les petits États, et une vision stratégique stable.

« L’Arabie saoudite est la colonne vertébrale de la région », affirme-t-il, tout en soulignant que toute alliance durable doit reposer sur l’égalité des États dans la décision. Le modèle, selon lui, doit dépasser les sommets protocolaires et les déclarations symboliques : il faut des institutions, une doctrine militaire, une stratégie technologique et des projets économiques communs.

Concernant Israël, Hamad ben Jassem estime que la guerre à Gaza a profondément abîmé l’image de l’État hébreu. « Israël s’affaiblira politiquement à cause de ses politiques », dit-il, même si sa puissance militaire reste importante. Il juge que l’attaque du 7 octobre a provoqué des pertes humaines palestiniennes considérables, mais que la réponse israélienne, par sa brutalité, a retourné une partie de l’opinion mondiale contre Tel-Aviv.

Sur la normalisation, il se montre sceptique : « Je ne comprends toujours pas ce qu’est l’accord d’Abraham. Est-ce une alternative à la paix avec les Palestiniens ? » Pour lui, aucune paix réelle avec Israël ne peut être acceptée durablement par les peuples sans solution juste à la question palestinienne.

L’entretien se termine sur une réflexion plus large sur le monde arabe. Hamad ben Jassem identifie trois maladies politiques : « l’amour excessif, le rapprochement excessif et la haine excessive ». Il critique la culture du chef unique, du leader régional qui impose sa volonté aux autres, et appelle à des politiques fondées sur les intérêts, les institutions et la stabilité.

Son diagnostic est sévère, mais pas pessimiste. « Je suis par nature optimiste », dit-il. Mais son optimisme est conditionnel : le Golfe ne sera plus fort que s’il tire les leçons de la guerre, répare ses failles, construit sa propre capacité de défense et cesse de dépendre exclusivement des puissances extérieures.

La formule résume toute sa pensée : « Ton premier allié, c’est le Conseil de coopération du Golfe. Si tu es fort, tu n’as besoin de personne pour te protéger. »

Ancien Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Qatar, Hamad bin Jassim bin Jaber Al Thani a incarné pendant plus d’une décennie la diplomatie offensive de Doha. Architecte du rayonnement international qatari dans les années 2000, il a joué un rôle central dans plusieurs médiations régionales, du Liban au Darfour, en passant par les dossiers palestinien et soudanais.

Sous son influence, le Qatar s’est imposé comme un acteur diplomatique incontournable, capable de dialoguer simultanément avec Washington, Téhéran, le Hamas, Israël ou encore les grandes capitales européennes.

Aujourd’hui éloigné du pouvoir exécutif, Hamad ben Jassem reste l’une des voix les plus écoutées du Golfe. Ses prises de position sur l’Iran, Israël, les équilibres régionaux ou l’avenir du Conseil de coopération du Golfe sont largement relayées dans les médias arabes et internationaux.

Dans son analyse actuelle, il insiste sur une idée centrale : les monarchies du Golfe ne pourront préserver leur stabilité qu’à travers une véritable intégration stratégique, économique et militaire, capable de réduire leur dépendance aux puissances extérieures.


 

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