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Un nouveau mouvement au sommet de l’État

Six semaines après le dernier remaniement, Tebboune redistribue les postes clés. Saïoud perd l’Intérieur, Merad retrouve son ministère et Maghramane prend la direction du cabinet présidentiel.

Quarante-deux jours seulement après le remaniement gouvernemental du 1er septembre, le président Abdelmadjid Tebboune a procédé, le 13 octobre, à une nouvelle redistribution des responsabilités au sein de l’exécutif algérien. Trois personnalités sont au centre de cette recomposition : Saïd Saïoud, Brahim Merad et Lounès Maghramane.

Le premier perd le ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales, tout en conservant les Transports. Le deuxième retrouve un département qu’il avait dirigé durant trois années. Le troisième, ancien secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, accède à la direction du cabinet de la présidence de la République, en remplacement de Boualem Boualem, récemment décédé.

En apparence limité, ce réaménagement concerne pourtant deux centres essentiels de l’appareil d’État : l’administration territoriale et la coordination des activités présidentielles. Son calendrier, particulièrement rapproché du précédent remaniement, soulève des interrogations sur les motivations de ces décisions.

Saïoud, une rétrogradation après la polémique sur les prix ?
La situation de Saïd Saïoud retient particulièrement l’attention. Nommé à la tête de l’Intérieur et des Transports lors du précédent remaniement, il voit désormais ses attributions considérablement réduites.

Cette décision intervient quelques jours après une séquence politique inhabituelle autour de la hausse des prix des fruits et légumes.

Le 29 septembre, Saïoud avait publiquement évoqué le renchérissement de certains produits agricoles, notamment la tomate, dont le kilogramme avait atteint 200 dinars durant l’été. Le ministre avait estimé que de tels niveaux n’avaient pas été observés depuis soixante ans.

Ces propos, qui reconnaissaient ouvertement les difficultés rencontrées par les consommateurs, avaient suscité de nombreux commentaires. Mais ils ont également été suivis d’une réaction présidentielle.

Lors de son entretien périodique avec les médias, diffusé le 3 octobre, Abdelmadjid Tebboune a contesté les affirmations faisant état de prix jamais atteints depuis six décennies, les jugeant exagérées. Sans désigner directement son ministre, le chef de l’État reprenait une formulation très proche de celle utilisée par Saïoud.

Dix jours plus tard, ce dernier perdait l’Intérieur.

La proximité chronologique des deux événements alimente naturellement les interrogations sur une éventuelle sanction politique. Aucun élément officiel ne permet toutefois d’affirmer que les déclarations du ministre ont provoqué sa rétrogradation.

Une perte d’influence
Quelle que soit la motivation de cette décision, ses conséquences administratives sont importantes.

Le ministère de l’Intérieur constitue l’un des principaux instruments de coordination de l’action gouvernementale sur le territoire national. Il intervient notamment dans l’administration des wilayas et des communes, l’organisation des collectivités locales et la mise en œuvre territoriale des politiques publiques.

En abandonnant ce portefeuille, Saïoud perd une partie considérable de son influence institutionnelle. Le ministère des Transports, qu’il conserve, reste stratégique pour le développement économique, notamment dans les domaines ferroviaire, portuaire, aéroportuaire et routier. Son périmètre administratif demeure cependant plus spécialisé.

Le maintien de Saïoud au gouvernement nuance néanmoins l’hypothèse d’une disgrâce complète. Le président aurait pu procéder à son départ pur et simple. Il a préféré lui conserver un portefeuille ministériel, tout en réduisant son champ d’intervention.

Cette distinction est essentielle pour apprécier la portée réelle du changement : il s’agit d’une rétrogradation dans les responsabilités, mais pas d’une exclusion de l’exécutif.

Brahim Merad, le retour d’un administrateur expérimenté
À l’inverse, Brahim Merad apparaît comme le principal bénéficiaire du réaménagement gouvernemental.

Ministre de l’Intérieur entre septembre 2022 et septembre 2025, il avait ensuite été chargé de l’Inspection générale des services de l’État et des Collectivités locales, avec rang de ministre d’État.

Son retour à l’Intérieur, assorti du maintien de ce rang, le replace au cœur de l’administration territoriale.

Le choix de Merad présente une certaine cohérence administrative. Son expérience à la tête du département lui permet de retrouver des dossiers qu’il connaît déjà, dans un contexte marqué par les enjeux de développement local, de fonctionnement des collectivités et de coordination entre l’administration centrale et les wilayas.

Cette nomination pourrait également traduire une préférence présidentielle pour un responsable ayant déjà fait ses preuves dans la gestion de ce secteur sensible.

Elle marque surtout le rétablissement d’une séparation entre l’Intérieur et les Transports, après leur regroupement au sein d’un même portefeuille.

Maghramane, un diplomate au cœur de la présidence
L’autre décision majeure concerne la direction du cabinet présidentiel.

Pour remplacer Boualem Boualem, Abdelmadjid Tebboune a choisi Lounès Maghramane, ancien secrétaire général du ministère des Affaires étrangères.

Cette nomination intervient dans un contexte où plusieurs noms circulaient pour occuper ce poste, notamment celui de Kamel Sidi Saïd, conseiller du président chargé de la communication.

Le choix d’un diplomate expérimenté plutôt que d’un responsable déjà engagé dans la communication présidentielle constitue un élément significatif.

La direction du cabinet de la présidence occupe une place centrale dans l’organisation du travail du chef de l’État. Elle intervient dans la coordination des dossiers, les relations institutionnelles et le suivi des activités présidentielles.

Le parcours diplomatique de Maghramane pourrait constituer un atout dans une période où les questions internationales occupent une place importante dans l’agenda algérien.

Il serait cependant prématuré d’en déduire une modification de la politique étrangère ou une redistribution des pouvoirs au sein de la présidence. La nomination renseigne davantage sur le profil retenu que sur les orientations futures de l’institution.

Une recomposition dont les motivations restent ouvertes
Ces trois décisions ne relèvent pas nécessairement d’une même logique politique.

Le remplacement du directeur de cabinet répond à une vacance de poste consécutive à un décès. Le retour de Merad accompagne une réorganisation ministérielle. Quant à la réduction des responsabilités de Saïoud, elle intervient dans un contexte de désaccord public apparent sur l’appréciation de la hausse des prix.

Leur simultanéité donne néanmoins à l’ensemble une portée politique particulière.
À six semaines d’intervalle, le président a modifié à deux reprises la répartition de responsabilités importantes au sein de l’exécutif. Cette rapidité souligne le caractère évolutif de l’organisation gouvernementale et la prérogative présidentielle dans la désignation des principaux responsables.

Elle laisse surtout une question sans réponse officielle : pourquoi avoir confié l’Intérieur à Saïoud en septembre avant de lui retirer ce portefeuille dès octobre ?

Entre nécessité administrative, appréciation des performances ministérielles et éventuelles considérations politiques, plusieurs lectures demeurent possibles.

Une certitude ressort de cette séquence : Merad retrouve un ministère stratégique, Maghramane entre au cœur du dispositif présidentiel et Saïoud conserve sa place au gouvernement, mais avec des responsabilités sensiblement réduites.

L’évolution de leurs fonctions respectives permettra de mesurer si ce réaménagement constitue un simple ajustement administratif ou annonce une recomposition plus profonde de l’entourage institutionnel du président Tebboune.

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