Gaz algérien : Prague négocie avec Sonatrach, l’Europe diversifie ses approvisionnements
La République tchèque veut accroître ses achats de gaz algérien. Dans le même temps, des informations de presse évoquent des demandes françaises supplémentaires, tandis que l’Algérie investit dans l’exploration et les énergies renouvelables.
La visite du Premier ministre tchèque Andrej Babiš en Algérie, les 26-27 octobre 2026, place le gaz naturel au centre d’une nouvelle séquence de discussions économiques. Prague souhaite renforcer ses approvisionnements auprès de Sonatrach et obtenir des conditions commerciales avantageuses. Le déplacement associe des responsables politiques et des représentants du groupe énergétique ČEZ, déjà engagé dans l’importation de gaz algérien.
Selon l’agence tchèque ČTK, le ministre Karel Havlíček a confirmé que les discussions porteraient notamment sur les livraisons de gaz. Aucun volume supplémentaire n’a été annoncé avant les rencontres. Les quantités envisagées dépendront des offres présentées par les partenaires algériens, ainsi que des conditions de prix et de durée susceptibles d’être négociées.
La participation de ČEZ donne un contenu industriel précis à la visite. Le groupe a commencé à importer du gaz algérien en octobre 2024 et annoncé la prolongation de son contrat avec Sonatrach en octobre 2025. Cet accord couvre environ 2 % de la consommation annuelle tchèque, soit l’équivalent des besoins de 100 000 ménages. Prague ne part donc pas de zéro : elle cherche à développer une relation commerciale déjà établie.
Pour les autorités tchèques, la diversification des fournisseurs répond à une préoccupation durable. Le renchérissement de l’énergie pèse sur les entreprises industrielles européennes et encourage la recherche de contrats compétitifs. Havlíček a indiqué que les réserves gazières nationales étaient remplies à environ 80 %. La démarche tchèque s’inscrit ainsi dans une stratégie de maîtrise des coûts et de sécurisation des achats futurs.
Prague explore parallèlement d’autres pistes. Des démarches ont été engagées auprès des États-Unis et de l’Azerbaïdjan, tandis qu’une mission en Norvège est envisagée. Aucun volume cible comparable n’a été communiqué concernant l’Algérie.
Le transport du gaz constitue un autre paramètre. Les volumes algériens destinés à la République tchèque empruntent le corridor passant par la Tunisie, puis le gazoduc sous-marin Transmed jusqu’à l’Italie, avant de rejoindre les réseaux européens. Une hausse des achats supposerait donc des capacités disponibles sur les infrastructures de transit et des accords commerciaux adaptés aux différentes étapes de l’acheminement.
Des demandes françaises évoquées dans la presse
Les discussions tchèques interviennent alors que la presse algérienne rapporte un intérêt français pour des livraisons supplémentaires d’hydrocarbures. Le 20 octobre, L’Écho d’Algérie, reprenant des informations attribuées à la plateforme spécialisée Attaqa, évoquait des demandes portant sur le pétrole et le gaz naturel liquéfié. Ces informations n’étaient pas accompagnées d’une annonce contractuelle officielle comparable à celle concernant Prague.
Selon ces publications, une augmentation des volumes pétroliers serait plus accessible à court terme que de nouvelles cargaisons de GNL. Les capacités de liquéfaction, la disponibilité des cargaisons et les engagements déjà pris envers les clients de Sonatrach limiteraient les marges de manœuvre. La France apparaît ainsi dans le débat sur la diversification européenne, mais la portée exacte des démarches rapportées reste à préciser.
Moscou réunit les pays exportateurs
Parallèlement, l’Algérie participe aux travaux du Forum des pays exportateurs de gaz organisés à Moscou du 25 au 27 octobre. Les échanges portent sur les perspectives du marché, les investissements et les infrastructures nécessaires au développement de l’offre. Ce rendez-vous intervient au moment où les pays producteurs évaluent leurs débouchés futurs et les besoins de financement de nouveaux projets.
Des données du Forum reprises dans la presse font état d’une progression des exportations algériennes par gazoduc vers l’Italie et l’Espagne au cours des sept premiers mois de 2026. Les hausses mentionnées atteignent respectivement 5 % et 13 %. Ces deux pays demeurent des partenaires essentiels pour les flux algériens, tandis que l’Italie joue aussi un rôle de transit vers d’autres marchés européens.
La multiplication des négociations ne signifie pas que tous les volumes recherchés pourront être immédiatement livrés. Les contrats existants, les installations de production, les capacités de transport et les besoins du marché intérieur déterminent les possibilités commerciales. Pour Sonatrach, les nouvelles demandes constituent autant de perspectives à confronter à son programme industriel et à ses engagements de long terme.
Exploration et production au cœur des arbitrages
Sur le territoire national, Sonatrach poursuit ses travaux d’exploration. Le 17 octobre, le ministre chargé des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, a fait état de 17 nouvelles découvertes réalisées depuis le début de l’année 2026 grâce aux moyens propres du groupe. Leur développement éventuel nécessitera des investissements et des travaux techniques avant toute contribution durable aux volumes commercialisables.
Les renouvelables complètent la stratégie
La diversification de la production électrique constitue un autre volet de cette équation. Sonelgaz a engagé des démarches pour deux projets éoliens de 100 mégawatts chacun, prévus à Laghouat et à Djelfa. Un appel d’offres concernant leurs études de faisabilité a été rapporté le 25 octobre. Ces projets s’ajoutent aux programmes solaires destinés à réduire progressivement la dépendance de la production électrique au gaz naturel.
À terme, une contribution accrue des énergies renouvelables pourrait limiter la quantité de gaz consommée dans les centrales électriques et préserver une partie des ressources destinées à d’autres usages. Cette perspective dépendra de la réalisation des installations, de leur raccordement et de leur production effective. Elle accompagne les efforts de Sonatrach pour développer les réserves et maintenir les capacités d’exportation.
Un partenariat qui dépasse le gaz
La visite comprend un programme économique consacré aux investissements, aux technologies minières, aux transports et à l’industrie de défense. Un forum bilatéral doit réunir des entreprises des deux pays à Alger. Les négociations gazières s’insèrent donc dans un dialogue commercial plus large, où Prague cherche à développer ses relations avec le marché algérien.
Pour Sonatrach, le dossier tchèque représente une possibilité d’élargir sa présence en Europe centrale. Pour ČEZ, il s’agit de compléter un portefeuille de fournisseurs et de rechercher des conditions d’achat adaptées aux besoins de l’économie nationale. Les deux entreprises coopèrent déjà.
Au 26 octobre au matin, aucun nouveau contrat, volume additionnel ou prix négocié n’avait été annoncé dans les éléments disponibles. La portée de la visite dépendra des résultats des entretiens et des éventuelles annonces des partenaires. Entre Prague, les sollicitations françaises rapportées et les discussions internationales de Moscou, l’énergie algérienne occupe une place visible dans les stratégies européennes d’approvisionnement.

