Importation des moutons de l’Aïd : le parquet révèle de graves irrégularités sanitaires et financières

Le parquet près la Cour d’Alger a dévoilé l’une des plus vastes enquêtes judiciaires ouvertes ces dernières années autour de l’opération d’importation des moutons de l’Aïd El-Adha 2026.
Si les autorités rappellent que cette initiative, décidée par les plus hautes instances de l’État, visait à préserver le pouvoir d’achat des citoyens et à stabiliser le marché national, les investigations menées par le pôle pénal économique et financier mettent en lumière de graves soupçons de dysfonctionnements sanitaires, administratifs et financiers.
Importation d’un million de moutons : des soupçons de graves irrégularités
Selon le procureur général, près d’un million de têtes de bétail ont été importées entre le 5 mars et le 9 mai 2026 au profit de la Société algérienne des viandes rouges (Alviar). Les investigations préliminaires révèlent toutefois que cette opération, pourtant destinée à répondre à une urgence économique et sociale, aurait été entachée de nombreuses violations de la réglementation.
Volet sanitaire : des alertes ignorées
L’enquête révèle que les services vétérinaires du poste frontalier de Béjaïa avaient signalé la présence de symptômes évocateurs de maladies contagieuses avant le déchargement d’une cargaison.
Malgré cette alerte, les autorités compétentes n’auraient pas prononcé le refus d’entrée prévu par la législation. Une commission vétérinaire aurait ensuite validé le débarquement des animaux, alors que deux de ses membres ne disposaient pas de l’expérience requise, selon le parquet.
Les conséquences auraient été importantes : 3615 moutons morts, 10727 têtes abattues pour raisons sanitaires, plusieurs milliers d’autres placées sous surveillance vétérinaire.
Les enquêteurs affirment également avoir découvert des manœuvres frauduleuses dans le pays d’origine, où des moutons initialement agréés auraient été remplacés par d’autres animaux d’origine inconnue avant leur embarquement.
Des marchés publics au cœur de l’enquête
Le second volet concerne la consultation internationale n°2/2026 portant sur l’acquisition d’un million de moutons.
Le parquet évoque de fortes présomptions de contournement des règles de concurrence et des marchés publics. Selon les premiers éléments de l’enquête, une procédure présentée comme concurrentielle aurait finalement débouché sur un recours au gré à gré.
Environ 700 000 moutons auraient ainsi été attribués à seulement quatre opérateurs économiques, avec des écarts de prix jugés injustifiés, oscillant entre 5,35 et 6 euros le kilogramme, tandis que certains animaux transportés par avion auraient atteint un coût d’environ 900 euros par tête.
Les investigations portent également sur de possibles falsifications de procès-verbaux des commissions d’ouverture et d’évaluation des offres.
De hauts responsables poursuivis
L’enquête vise plusieurs responsables de la société Alviar, notamment : le directeur général, le directeur financier, le président de la commission d’ouverture et d’évaluation des offres, le responsable vétérinaire, le chef de la comptabilité, le directeur commercial, le responsable de la facturation.
Les investigations s’étendent également au marché des boucles électroniques d’identification des animaux, où des soupçons de fuite d’informations confidentielles avant le lancement de l’appel d’offres ont été relevés.
Quarante-et-un suspects devant la justice
Au total, 41 personnes ont été présentées devant le parquet du pôle économique et financier.
Les poursuites portent notamment sur : abus de fonction, trafic d’influence, détournement de deniers publics, violation de la législation sur les marchés publics, blanchiment d’argent.
À l’issue des premières auditions, 13 personnes ont été placées en détention provisoire, tandis que les autres ont été placées sous contrôle judiciaire. Certains responsables des points de vente sont poursuivis pour négligence caractérisée.
Dans sa déclaration, le procureur général a insisté sur le fait que cette affaire ne saurait être réduite à de simples erreurs administratives. Selon lui, les faits reprochés concernent directement la protection des finances publiques, la transparence dans la gestion des marchés publics, la sécurité sanitaire et la crédibilité d’une opération nationale financée par le Trésor public.
Le parquet affirme que l’enquête se poursuivra « avec toute la rigueur nécessaire » et promet d’informer l’opinion publique des développements futurs.
Il convient toutefois de rappeler que ces éléments proviennent du communiqué officiel du parquet et des résultats préliminaires de l’enquête. La responsabilité pénale définitive des personnes mises en cause ne pourra être établie qu’à l’issue de la procédure judiciaire et des décisions des juridictions compétentes.

