Quelques jours après la tentative de coup d’État des 28 et 29 août au Niger, la relance du projet pétrolier de Kafra apporte un nouvel éclairage sur les intérêts stratégiques de l’Algérie chez son voisin du Sud.
Présente sur le bloc pétrolier de Kafra depuis 2005, Sonatrach entre dans une nouvelle phase d’exploration dans le nord du Niger. Quatre nouveaux forages doivent permettre de vérifier un potentiel estimé à 2,5 milliards de barils, à seulement 85 kilomètres de la frontière algérienne.
Le Niger remet le projet pétrolier de Kafra au premier plan. Le ministre du Pétrole, Hamadou Tini, a annoncé en septembre que la partie nord du bloc présenterait environ 2,5 milliards de barils de ressources prospectives.
Un chiffre important, mais qui ne correspond pas à des réserves prouvées. Il s’agit d’une estimation géologique qui doit désormais être confirmée par les forages avant d’envisager une exploitation commerciale.
Un projet ancien qui entre dans une nouvelle phase
Sonatrach, à travers sa filiale internationale SIPEX, est engagée à Kafra depuis 2005. Après plusieurs campagnes sismiques, deux puits ont notamment été forés en 2018 et 2019.
Les travaux avaient permis d’évaluer à environ 255 millions de barils les réserves prouvées et probables (2P) sur une partie du bloc. Une étude réalisée en 2023 a ensuite identifié le potentiel beaucoup plus important de 2,5 milliards de barils dans sa partie nord.
La question est donc moins celle d’une nouvelle découverte que celle de la relance d’un projet ancien qui n’a pas encore débouché sur une production commerciale.
En avril 2026, le permis de Kafra a été prorogé de deux ans. Puis, le 13 août, Sonatrach et la compagnie nigérienne SONIDEP ont lancé une nouvelle campagne de quatre puits d’exploration sur deux ans, avec la participation d’ENAFOR.
C’est cette reprise des opérations qui explique pourquoi le potentiel de Kafra revient aujourd’hui dans l’actualité : les nouveaux forages doivent permettre de déterminer quelle partie des ressources estimées peut réellement être confirmée et exploitée.
Un intérêt économique direct pour l’Algérie

Kafra couvre environ 11 467 km² et se situe à quelque 85 kilomètres de la frontière algérienne, ce qui lui confère une importance particulière pour Sonatrach.
Le bloc comprend également un potentiel de pétrole lourd, estimé à environ 168 millions de barils, dont une éventuelle valorisation sous forme de bitume est envisagée pour répondre notamment aux besoins routiers du Niger.
Pour Niamey, Kafra représente une perspective de nouvelles recettes, d’emplois et de développement industriel. Pour Alger, une exploitation commerciale réussie renforcerait la présence de Sonatrach en Afrique subsaharienne, au moment où les deux pays développent parallèlement leur coopération dans les hydrocarbures, le gazoduc transsaharien et les infrastructures.
Le véritable enjeu se trouve désormais sous terre : les quatre nouveaux forages devront établir quelle part des 2,5 milliards de barils estimés pourra effectivement devenir une réserve exploitable et rentable.
Au-delà du pétrole, Kafra s’inscrit dans une dynamique plus large. En multipliant avec ses voisins sahéliens les projets dans l’énergie, les télécommunications, les infrastructures et les échanges commerciaux, l’Algérie semble vouloir construire à ses frontières un véritable « mur de développement » : non pas une barrière qui sépare, mais un espace économique capable de rapprocher le Sud algérien du Sahel.
À seulement 85 kilomètres de la frontière, Kafra illustre cette stratégie : faire du développement et des intérêts économiques partagés un outil de stabilité dans une région longtemps abordée principalement sous l’angle sécuritaire.

