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Tebboune accélère, mais son exécutif suit-il le rythme ?

Une implication présidentielle pour dépasser les lenteurs de l’exécutif

Remaniement ministériel, Haut Conseil de sécurité, Conseil des ministres, importations, narcotrafic, prison de Tanezrouft…
Depuis le début du mois de septembre, l’agenda du président Abdelmadjid Tebboune connaît une concentration inhabituelle de réunions et de décisions.

Au-delà de leur succession, leur nature mérite attention : plusieurs dossiers sont désormais suivis directement au niveau de la Présidence, parfois jusque dans leur phase d’exécution. Une accélération qui peut être interprétée comme une reprise en main, mais qui pose aussi une question : pourquoi autant de dossiers remontent-ils jusqu’au sommet de l’État ?

Depuis le 1er septembre 2026, les communiqués officiels dessinent une séquence particulièrement dense.

Le mois commence par un remaniement ministériel partiel. Dès le lendemain, le 2 septembre, le président réunit le Haut Conseil de sécurité, procède à un mouvement partiel dans le corps de la magistrature et intervient de nouveau dans la composition du gouvernement avec la nomination de Farid Kourtel à l’Industrie et de Fouzia Naama comme ministre déléguée chargée des Collectivités locales.

Quelques jours plus tard, le rythme s’accélère encore.

Du Conseil des ministres aux réunions ciblées

Le dimanche 6 septembre, Abdelmadjid Tebboune préside un Conseil des ministres consacré notamment au projet de Code pénal, à la rentrée scolaire et au suivi de plusieurs projets stratégiques. Plusieurs instructions présidentielles en ressortent, concernant notamment les incendies volontaires, l’éducation, les infrastructures et la production des entreprises nationales.

Jusque-là, rien d’exceptionnel sur le plan institutionnel : le Conseil des ministres constitue précisément l’un des principaux instruments de conduite de l’action gouvernementale par le chef de l’État.

Mais les deux journées suivantes sont plus révélatrices.

Le lundi 7 septembre, le président convoque une réunion spécifiquement consacrée aux données communiquées par le ministère du Commerce extérieur sur les programmes prévisionnels d’importation.

Le dossier est considérable : selon les chiffres rendus publics, 3 961 opérateurs employant entre zéro et cinq salariés avaient introduit des demandes représentant 130,32 milliards de dollars d’importations pour le seul deuxième semestre 2026.

Face à ces données, le dossier ne reste pas au niveau du ministère concerné. Il remonte directement à la Présidence.

Le communiqué officiel précise que Tebboune a réuni les responsables concernés afin d’examiner de près les données publiées et de prendre les mesures nécessaires à l’encontre des auteurs de fausses déclarations.

Le lendemain, un autre dossier remonte au président

Mardi 8 septembre : nouvelle réunion présidentielle ciblée.

Cette fois, il ne s’agit ni d’un Conseil des ministres ni d’une réunion institutionnelle régulière. Le président examine l’état d’avancement de la transformation d’une caserne militaire située dans le désert du Tanezrouft en prison destinée aux barons de la drogue et aux narcotrafiquants.

Et le niveau de détail du suivi est significatif.

Selon le communiqué officiel, la réunion porte non seulement sur l’avancement des travaux, mais également sur les modalités de réception de l’établissement, son passage sous la tutelle du ministère de la Justice et sa mise en service.

Autrement dit, le président intervient ici dans le suivi de l’exécution d’une décision déjà prise.

La création de cette prison avait justement été annoncée à la suite de la réunion du Haut Conseil de sécurité du 2 septembre, parallèlement à la création d’un organisme sécuritaire spécialisé dans la lutte contre les drogues.

La chronologie est donc particulièrement courte :

2 septembre : décision sécuritaire.
8 septembre : contrôle présidentiel de son exécution.

Une nouvelle méthode de gouvernement ?

Pris séparément, chacun de ces événements peut s’expliquer par l’importance du dossier concerné.

Pris ensemble, ils dessinent cependant une tendance.

L’agenda présidentiel semble progressivement fonctionner selon une mécanique identifiable :

identifier un problème → convoquer les responsables concernés → décider → fixer une orientation → revenir rapidement sur l’exécution.

C’est précisément cette dernière étape qui mérite attention.

Un président qui fixe les grandes orientations de l’État exerce normalement ses prérogatives. Mais lorsqu’il intervient successivement dans le suivi des importations, d’une infrastructure pénitentiaire, de projets industriels ou de dossiers administratifs sectoriels, la frontière entre impulsion politique et pilotage opérationnel devient plus intéressante à observer.

Une reprise en main… ou le symptôme d’un problème plus profond ?

Une première lecture est favorable : Tebboune chercherait à raccourcir la chaîne de décision, à imposer des résultats et à empêcher certains dossiers sensibles de s’enliser dans l’administration.

Dans cette lecture, la Présidence devient une sorte de mécanisme d’accélération : lorsqu’un problème atteint une dimension stratégique, le chef de l’État intervient personnellement et oblige les différents services à se coordonner.

Le paradoxe est donc là : Tebboune apparaît comme celui qui pousse la machine lorsqu’elle ralentit, mais aussi comme celui qui a décidé de continuer à lui faire confiance.

Sa détermination à corriger les insuffisances est manifeste ; l’enjeu sera désormais de savoir si cette confiance renouvelée permettra à l’exécutif de retrouver l’efficacité attendue, afin que l’impulsion présidentielle puisse se traduire en résultats sans nécessiter, à chaque difficulté, une intervention directe du sommet de l’État.

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