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Une taxe sans vote : qui décide vraiment en Libye ?

Des taxes nouvelles sur plusieurs catégories de produits importés sont entrées en application lundi en Libye, sans annonce préalable.

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Des commerçants ont indiqué avoir découvert la mesure au moment de déposer leurs demandes de crédits documentaires auprès de la Banque centrale de Libye, qui aurait commencé à appliquer immédiatement les nouveaux taux.

Selon les informations diffusées par des acteurs du secteur commercial, la grille fiscale prévoit :
une exonération pour certains produits de base comme l’huile de cuisson et le concentré de tomate ; une taxe de 7 % sur certaines denrées alimentaires et matières premières ; 12 % sur divers produits de consommation et pièces détachées ; 25 % sur les matériaux de construction, les vêtements, l’électroménager et les véhicules de moins de 20 chevaux ; entre 30 et 35 % sur les appareils électroniques, les véhicules de plus forte cylindrée et les bijoux ; 40 % sur le tabac et les cigarettes.

La décision intervient alors que le taux de change du dinar libyen sur le marché parallèle a atteint lundi soir un niveau record de 10,45 dinars pour un dollar.
La Gouvernement d’unité nationale dirigée par Abdelhamid Dbeibah a annoncé son rejet de la mesure, estimant qu’elle contrevient au principe de séparation des pouvoirs et qu’elle a été adoptée sans coordination avec l’exécutif.

Dans le même temps, 107 membres du Parlement libyen, présidé par Aqila Saleh, ont publié un communiqué affirmant qu’aucune séance officielle valide n’avait adopté une loi instaurant ces taxes. Ils ont déclaré décliner toute responsabilité juridique et constitutionnelle concernant cette décision.
À ce stade, aucune déclaration détaillée n’a été publiée par la Banque centrale.
La Libye demeure divisée entre deux exécutifs : le gouvernement basé à Tripoli dirigé par Abdelhamid Dbeibah, et un gouvernement installé à l’est, dirigé par Osama Hammad, désigné par le Parlement. Une taxe révélatrice d’une fracture structurelle
Au-delà de la mesure fiscale elle-même, l’épisode met en lumière une réalité institutionnelle persistante : en Libye, la fragmentation politique n’a jamais totalement disparu, même lorsque les institutions semblent fonctionner.

Officiellement, le pouvoir législatif appartient au Parlement siégeant à l’est du pays. Mais l’exécutif reconnu par les Nations unies est basé à Tripoli. Entre ces deux pôles, la Banque centrale occupe une position stratégique : elle contrôle l’accès aux devises étrangères et donc l’ensemble du commerce d’importation.
Dans une économie massivement dépendante des importations, toute décision affectant les crédits documentaires ou l’accès au dollar a un impact national immédiat. Autrement dit, même une décision adoptée à l’est peut produire des effets économiques directs à l’ouest, dès lors qu’elle transite par le système bancaire central.

La controverse actuelle soulève ainsi trois questions majeures :
la régularité de la procédure législative ; la coordination entre les autorités exécutives et monétaires ;
et la capacité du système politique libyen à produire des décisions économiques cohérentes dans un contexte de dualité institutionnelles.
La simultanéité entre l’entrée en vigueur de la taxe et la chute du dinar accentue les tensions.

Dans un pays où la stabilité monétaire est fragile, toute mesure affectant le coût des importations peut alimenter l’inflation et renforcer la défiance des acteurs économiques.
Plus qu’un simple ajustement fiscal, l’épisode apparaît comme le symptôme d’un système institutionnel où la question centrale demeure inchangée : qui détient réellement la capacité de décision économique à l’échelle nationale ?

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À Tripoli siège le gouvernement d’unité nationale, à Benghazi s’exerce l’autorité militaire de Khalifa Haftar, et à Tobrouk se trouve le Parlement présidé par Aqila Saleh.

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