Algérie : après deux remaniements en 24 heures, Tebboune accélère aussi sur le front sécuritaire
Deux remaniements en moins de 24 heures, le retour de plusieurs anciens ministres, puis une réunion du Conseil supérieur de sécurité consacrée aux incendies et au narcotrafic : en quelques jours, l’actualité politique algérienne s’est brusquement accélérée.
Les changements opérés au sein du gouvernement ont suscité de nombreux commentaires, moins par leur ampleur que par leur déroulement inhabituel.
Une première série de nominations a concerné quatre portefeuilles. Mohamed Lamine Lebbou a été nommé ministre des Finances, Mohamed Hattab ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, Sid Ali Khaldi ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, et Mohamed Bouslimani ministre de la Communication.
À première vue, le remaniement semblait terminé.
Pourtant, moins de 24 heures plus tard, une deuxième annonce est venue modifier à nouveau la composition de l’exécutif : Farid Kortel a été nommé ministre de l’Industrie et Faouzia Naâma ministre déléguée chargée des Collectivités locales auprès du ministre de l’Intérieur.
Deux remaniements en moins de 24 heures
Cette succession rapide a naturellement alimenté les commentaires.
Le ministère de l’Industrie ne figurait pas dans la première série de changements. Yahia Bachir semblait donc maintenu à son poste avant que son remplacement par Farid Kortel ne soit annoncé quelques heures plus tard.
Aucune explication officielle n’a été fournie sur les raisons de ce décalage.
Le fait reste inhabituel : la configuration gouvernementale annoncée lors du premier remaniement n’aura finalement duré que quelques heures.
Et cette séquence laisse une interrogation : les changements sont-ils définitivement terminés ?
Aucun élément officiel ne permet pour l’instant d’annoncer d’autres départs.
Le retour d’anciens ministres fait réagir
Autre particularité : plusieurs personnalités nommées sont déjà bien connues de l’appareil gouvernemental.
Mohamed Hattab possède une longue expérience institutionnelle et gouvernementale. Sid Ali Khaldi retrouve l’exécutif après avoir notamment été ministre de la Jeunesse et des Sports.
Mohamed Bouslimani effectue un retour encore plus symbolique puisqu’il reprend le ministère de la Communication, un portefeuille qu’il avait déjà occupé.
Ces choix ont suscité des commentaires sur la nature du renouvellement recherché. Plutôt qu’une rupture complète, le président Abdelmadjid Tebboune semble également avoir privilégié des responsables disposant déjà d’une expérience gouvernementale.
Agriculture : l’après-affaire des moutons très suivi
Parmi les ministères concernés, celui de l’Agriculture retient particulièrement l’attention.
Sid Ali Khaldi succède à Yacine El-Mahdi Oualid alors que le secteur reste marqué par l’affaire de l’importation des moutons destinés à l’Aïd El-Adha.
Les investigations judiciaires ont mis au jour de graves irrégularités présumées et conduit plusieurs personnes devant la justice. Le président Tebboune avait lui-même ordonné une enquête sur les dysfonctionnements constatés dans cette opération.
Aucun élément rendu public ne permet toutefois d’impliquer personnellement l’ancien ministre.
Son remplacement intervient néanmoins dans ce contexte, ce qui explique pourquoi les suites judiciaires et administratives de l’affaire des moutons continueront d’être particulièrement suivies.
Après le gouvernement, le Conseil supérieur de sécurité
À peine cette séquence gouvernementale engagée, l’attention s’est déplacée vers le terrain sécuritaire.
Abdelmadjid Tebboune, président de la République, chef suprême des Forces armées et ministre de la Défense nationale, a présidé une réunion du Conseil supérieur de sécurité consacrée notamment aux récents incendies, au trafic de stupéfiants ainsi qu’à la situation générale en Algérie et dans les pays voisins.
Cette fois, les orientations annoncées sont particulièrement fermes.
Incendies : enquête et durcissement des sanctions
Le Conseil supérieur de sécurité a examiné l’état d’avancement des investigations sécuritaires et scientifiques menées par la Gendarmerie nationale et la Sûreté nationale concernant les récents incendies.
Les deux institutions doivent présenter les conclusions de leurs investigations lors d’une réunion commune afin d’établir les circonstances et les causes des feux.
Parallèlement, le Conseil supérieur de sécurité a insisté sur l’application de la peine capitale prévue par la législation pour les crimes relevant des incendies volontaires.
Le message est donc celui de la dissuasion : lorsque le caractère criminel est établi, les autorités entendent appliquer les sanctions les plus sévères prévues par la loi.
Cette orientation a rencontré un écho important dans une partie de l’opinion publique, particulièrement après les pertes humaines et matérielles provoquées par les derniers incendies.
Narcotrafic : un organisme sécuritaire spécialisé
Autre décision importante : la création d’un organisme sécuritaire spécialisé dans la lutte contre la drogue.
La mesure traduit un changement d’échelle. Il ne s’agit plus uniquement de combattre la vente et la consommation de stupéfiants, mais de disposer d’une structure capable de remonter les filières, suivre les circuits financiers, identifier les responsables et coordonner les investigations contre les grands réseaux.
Le Conseil supérieur de sécurité a d’ailleurs salué les efforts de l’Armée nationale populaire et des différents services de sécurité dans la lutte contre le narcotrafic.
Coopération américaine en perspective ?
La référence à l’expérience américaine dans la conception de cette future structure soulève cependant une autre question : une coopération sécuritaire renforcée avec Washington se profile-t-elle ?
La question mérite d’être posée dans le contexte de la relance de la présence du FBI en Algérie.
Le FBI pourrait notamment apporter son expertise dans les domaines de la criminalité organisée transnationale, du blanchiment d’argent, du traçage des flux financiers ou de la coopération judiciaire.
Pour la lutte spécifiquement antidrogue, une autre agence américaine est toutefois incontournable : la Drug Enforcement Administration (DEA), spécialisée dans le combat contre les réseaux de stupéfiants.
À ce stade, aucune annonce officielle n’établit de lien direct entre la création du nouvel organisme algérien et une participation du FBI ou de la DEA.
Mais la référence au modèle américain ouvre nécessairement une interrogation : Alger veut-elle simplement s’inspirer de l’organisation américaine ou cette réforme annonce-t-elle une coopération opérationnelle plus poussée avec les agences des États-Unis ?
Tanezrouft : une prison de haute sécurité pour les barons
La mesure la plus spectaculaire concerne les principaux responsables du narcotrafic.
Le Conseil supérieur de sécurité a décidé de transformer une caserne de l’Armée nationale populaire située dans le Tanezrouft en établissement pénitentiaire de haute sécurité destiné notamment aux barons et aux grands trafiquants de drogue.
Le choix du Tanezrouft est hautement symbolique. Cette immense région désertique, isolée au cœur du Sahara et connue pour ses conditions particulièrement difficiles, offre un environnement radicalement différent de celui des établissements pénitentiaires situés à proximité des grands centres urbains.
Le message adressé aux réseaux est clair : les principaux responsables seront non seulement poursuivis, mais pourront être isolés dans une infrastructure de très haute sécurité au cœur du Sahara.
Une séquence politique qui reste ouverte
En quelques jours, Abdelmadjid Tebboune a ainsi engagé plusieurs mouvements simultanément.
Le gouvernement a été remanié en deux temps et plusieurs anciens ministres ont fait leur retour. Le secteur agricole entre dans une nouvelle phase alors que les suites de l’affaire des moutons restent attendues. Sur le terrain sécuritaire, le pouvoir durcit sa réponse aux incendies criminels et au narcotrafic.
La création du nouvel organisme antidrogue ouvre parallèlement le chantier de la coopération internationale, avec une attention particulière portée à l’expérience américaine.
Mais après deux modifications gouvernementales en moins de 24 heures, une question demeure en arrière-plan : la séquence des changements au sommet de l’État est-elle réellement terminée, ou d’autres décisions sont-elles encore à venir ?

