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Après la mort d’Ayoub, la question qui dérange : combien de puits dangereux restent ouverts en Algérie ?

Comment un ouvrage aussi profond et dangereux pouvait-il rester accessible ?

Pendant quatre jours, l’Algérie a espéré. Le 5 septembre, le corps sans vie du petit Ayoub, âgé de 10 ans, a finalement été extrait du forage dans lequel il était tombé.

Au-delà de l’émotion et de l’immense mobilisation des secours, le drame soulève désormais une question beaucoup plus dérangeante : comment un ouvrage aussi profond et dangereux pouvait-il rester accessible ? Et surtout, combien d’autres puits de ce type existent encore à travers le pays ?

Le drame d’Ayoub ne peut pas être réduit à un simple accident. Selon les éléments recueillis, l’enfant est tombé le 2 septembre dans un forage d’environ 80 mètres de profondeur et d’à peine 40 centimètres de diamètre, situé à proximité du domicile familial dans la wilaya d’El Bayadh. L’ouverture aurait été recouverte par une simple plaque de contreplaqué qui a cédé sous son poids.

Les caractéristiques de l’ouvrage ont considérablement compliqué les opérations : diamètre extrêmement réduit, absence de tubage et de soutènement, terrain instable et, surtout, forage irrégulier et incliné. Une importante masse de terre aurait également recouvert la victime.

Ces éléments expliquent en partie pourquoi une extraction verticale directe était extrêmement difficile. Les secouristes ont dû creuser un ouvrage parallèle avant de tenter de rejoindre le forage dans lequel se trouvait l’enfant.

Le danger était déjà connu

Ayoub n’est malheureusement pas la première victime d’un puits ou d’un forage étroit en Algérie.

Le pays a déjà connu plusieurs accidents similaires ces dernières années. L’un des plus marquants remonte à décembre 2018, lorsqu’un jeune homme est resté coincé plusieurs jours dans un forage extrêmement étroit à M’Sila.

Autrement dit, le risque n’était ni nouveau ni imprévisible.

Et c’est précisément ce qui transforme aujourd’hui le drame d’Ayoub en question d’intérêt public : qu’a-t-on réellement changé depuis le précédent accident ?

Après chaque tragédie, les mêmes images reviennent : engins de travaux publics, secouristes mobilisés jour et nuit, familles suspendues aux opérations et opinion publique suivant heure après heure l’évolution du sauvetage.
Puis l’émotion retombe.
Mais les puits restent.

Où est l’inventaire des forages ?

C’est probablement l’une des principales questions que devrait désormais poser une enquête administrative.

La législation algérienne sur l’eau prévoit l’établissement et la mise à jour d’inventaires et de bases de données concernant les ressources en eau et les ouvrages hydrauliques, tandis que la réalisation de puits et de forages est soumise à autorisation.

Dès lors, plusieurs questions deviennent incontournables.

Le forage dans lequel Ayoub est tombé était-il déclaré ? Avait-il été autorisé ? Figurait-il dans un inventaire administratif ? Était-il encore exploité ou considéré comme abandonné ? Avait-il déjà fait l’objet d’un contrôle ou d’un signalement ? Qui en avait la responsabilité ?

Et, au-delà de ce seul ouvrage, l’administration dispose-t-elle aujourd’hui d’une cartographie réellement des puits et forages abandonnés ou dangereux en Algérie ?

La question est particulièrement importante dans les immenses territoires ruraux, agricoles, pastoraux et steppiques où peuvent subsister des ouvrages anciens, privés ou réalisés sans autorisation.

Un forage invisible dans une base administrative devient beaucoup plus difficile à contrôler. Un forage abandonné mais jamais déclaré comme tel peut, lui, rester pendant des années sans inspection.

Une planche de bois ne peut pas constituer une politique de sécurité

Le cas d’Ayoub met également en évidence un problème élémentaire.

Un trou de plusieurs dizaines de mètres ne devrait jamais être séparé d’un enfant par une simple plaque de bois.

Même épaisse, une planche peut se dégrader sous l’effet du soleil, de l’humidité, des variations de température ou du temps. Elle peut se fissurer ou perdre progressivement sa résistance sans que le danger soit immédiatement visible.

Un ouvrage encore utilisé doit disposer d’une fermeture suffisamment résistante, fixée et difficilement déplaçable, accompagnée lorsque les circonstances l’exigent d’une signalisation ou d’une clôture empêchant notamment l’accès des enfants.

Un forage définitivement abandonné pose une question encore différente : il doit être neutralisé durablement selon des procédés adaptés au terrain et à la protection des nappes souterraines.

Jeter quelques gravats, ajouter de la terre ou poser une planche sur l’ouverture ne règle pas le problème.

Un recensement national devient difficile à éviter

La mort d’Ayoub pourrait ainsi conduire les pouvoirs publics à dépasser la seule gestion de l’accident et à traiter le problème à l’échelle nationale.

Une opération exceptionnelle de recensement pourrait permettre de géolocaliser les ouvrages, leur attribuer un identifiant et déterminer leur propriétaire ou responsable, leur profondeur, leur état, leur utilisation et leur niveau de danger.

Les priorités pourraient alors être établies : puits situés à proximité des habitations, écoles, chemins, exploitations agricoles ou lieux fréquentés par des enfants.

Les ouvrages abandonnés pourraient être condamnés définitivement tandis que ceux encore utilisés seraient soumis à des obligations minimales de fermeture et de contrôle.

Un dispositif de signalement destiné aux citoyens constituerait également une mesure relativement simple : photographie, localisation GPS et transmission à la commune, à la wilaya ou aux services compétents.

Car dans un pays aussi vaste que l’Algérie, l’administration ne pourra probablement jamais découvrir seule chaque forage clandestin ou abandonné.

Et si un autre enfant tombait demain ?

C’est peut-être la question la plus difficile après le drame d’El Bayadh.

Si un accident comparable survenait dans quelques semaines dans une autre wilaya, pourrait-on encore parler d’un événement imprévisible ?

Les précédents existent. Le danger est identifié. Les caractéristiques mortelles de ces ouvrages sont connues.

Un forage étroit cumule plusieurs risques : chute, traumatisme, ensevelissement, effondrement des parois, manque d’oxygène, présence éventuelle de gaz, impossibilité pour la victime de bouger et difficulté extrême pour les sauveteurs d’accéder au fond. L’utilisation d’engins lourds à proximité peut elle-même compliquer les opérations en raison du risque de vibrations et d’effondrement.

C’est pourquoi la véritable enquête ne devrait pas seulement chercher à comprendre comment Ayoub est mort.
Elle devrait chercher à déterminer pourquoi ce danger existait encore avant sa chute.

Qui connaissait l’existence du forage ? Qui devait le déclarer ? Qui devait le contrôler ? Qui devait le sécuriser ? Et existe-t-il aujourd’hui des centaines, voire davantage, d’ouvrages comparables dont personne ne connaît précisément l’état ?

À ce stade, aucune réponse sérieuse ne permet d’avancer un nombre.

C’est justement le problème.

Après plusieurs drames en quelques années, ne pas savoir combien de puits dangereux restent accessibles constitue en soi une question majeure de sécurité publique.

L’émotion nationale provoquée par la disparition d’Ayoub finira inévitablement par s’atténuer. Mais sous la terre, les ouvrages abandonnés resteront là.

La question n’est donc plus seulement de savoir ce qui s’est passé à El Bayadh. Elle est de savoir où se trouve le prochain puits dangereux, et si les autorités le découvriront avant qu’un autre enfant ne tombe dedans.

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