Alors que Maradi fait face à de fortes tensions sur la disponibilité de l’essence, une question se pose : l’Algérie pourrait-elle intervenir pour aider le Niger à sécuriser son approvisionnement ?
Aucune annonce officielle ne va, à ce stade, dans ce sens. Mais l’hypothèse mérite désormais d’être posée. En quelques mois, Alger est devenu un partenaire de plus en plus présent dans le secteur énergétique nigérien, jusqu’à commencer à approvisionner directement le pays en produits pétroliers.
La situation observée à Maradi remet la question de l’approvisionnement en carburant au premier plan au Niger. Située dans le sud du pays, à environ 650 kilomètres à l’est de Niamey et à proximité de la frontière avec le Nigeria, Maradi constitue l’un des principaux pôles économiques et commerciaux du Niger.
Le 1er septembre, le gouverneur de la région, Issoufou Mamane, a effectué une série de visites dans les stations-service de la ville pour tenter de comprendre une situation devenue paradoxale : le carburant est livré, mais il devient rapidement introuvable à la pompe.
Selon les chiffres communiqués par le gouverneur et rapportés par l’Agence nigérienne de presse (ANP), 265 000 litres d’essence avaient été mis à la disposition des stations-service entre midi et 16 heures. Dès le lendemain matin, certaines d’entre elles étaient pourtant fermées, affirmant ne plus disposer de carburant.
Les autorités régionales ne mettent donc pas directement en cause les capacités d’approvisionnement de la Société nigérienne de pétrole (SONIDEP). Elles estiment au contraire que les quantités fournies sont suffisantes pour couvrir la consommation normale de Maradi et soupçonnent une partie du carburant d’être détournée vers le marché parallèle.
Le gouverneur affirme notamment que les dispositifs de surveillance ont permis de constater que certains conducteurs obtenaient des pleins en échange de sommes supplémentaires versées aux pompistes. Dans les rues, l’essence réapparaît ensuite à des prix qui peuvent atteindre 1 000, 1 250 et jusqu’à 1 500 FCFA le litre.
Une flambée qui pèse lourdement sur les ménages
Pour mesurer l’importance de ces montants, il faut les replacer dans le contexte économique nigérien.
Lorsque le litre vendu parallèlement atteint 1 000 ou 1 500 FCFA, le coût des déplacements augmente brutalement pour les ménages, mais également pour les commerçants, transporteurs et conducteurs de motos-taxis dont l’activité dépend quotidiennement du carburant.
Pour un automobiliste achetant 20 litres, par exemple, la facture atteint 20 000 FCFA lorsque le litre est vendu 1 000 FCFA et 30 000 FCFA lorsqu’il atteint 1 500 FCFA.
La question dépasse ainsi celle des files d’attente devant les stations. Une flambée durable du carburant peut rapidement se répercuter sur le transport des personnes et des marchandises et, par ricochet, sur les prix payés par les consommateurs.
Face à la situation, le gouverneur de Maradi annonce des mesures contre certaines stations pour lesquelles les autorités affirment disposer d’éléments de preuve.
Mais si les difficultés devaient dépasser le problème des détournements et se transformer en véritable tension sur l’approvisionnement, une autre question pourrait rapidement se poser : vers quels partenaires le Niger pourrait-il se tourner ?
Le précédent tunisien
L’idée d’une intervention algérienne en faveur d’un voisin confronté à des tensions énergétiques n’est pas nouvelle.
L’Algérie entretient depuis longtemps une coopération énergétique étroite avec la Tunisie, notamment à travers les interconnexions électriques reliant les deux pays et les échanges entre Sonelgaz et la STEG. Lorsque la consommation tunisienne atteint des niveaux élevés, particulièrement pendant les fortes chaleurs estivales, les capacités algériennes constituent un soutien important pour le réseau du voisin oriental.
Le 3 juin 2026, la centrale électrique de solidarité algéro-nigérienne de Gorou Banda a été inaugurée à Niamey. D’une capacité de 40 MW, elle a été réalisée par l’Algérie et offerte au Niger.
Le projet, mis en œuvre par Sonelgaz-International, est destiné à renforcer les capacités de production électrique et à améliorer l’alimentation de la capitale nigérienne. Il constitue également le premier projet énergétique réalisé par Sonelgaz-International à l’étranger.
L’Algérie a donc déjà apporté une réponse concrète à un besoin énergétique nigérien.
Mais quelques semaines plus tard, la coopération a franchi une étape beaucoup plus directement liée à la question actuelle : du carburant raffiné en Algérie a commencé à prendre la direction du Niger.
Selon l’Agence Algérie Presse Service (APS), Sonatrach a procédé le 14 août 2026 aux premières livraisons de carburant d’aviation Jet A1 au Niger, depuis la raffinerie d’Adrar (RA1D), située dans le sud de l’Algérie.
L’opération intervient dans le cadre d’un contrat de vente et d’achat conclu entre Sonatrach et la Société nigérienne des produits pétroliers (SONIDEP).
Certes, le Jet A1 est un carburant destiné à l’aviation et ne correspond pas à l’essence automobile qui se raréfie dans certaines stations de Maradi. Les cargaisons parties d’Adrar ne constituent donc aucunement une réponse à la situation actuelle.
Mais leur intérêt est ailleurs : elles démontrent concrètement qu’un produit pétrolier raffiné en Algérie peut désormais être commercialisé et acheminé vers le marché nigérien.
La localisation de la raffinerie d’Adrar présente également un intérêt stratégique. Implantée dans le Sahara algérien, elle se trouve dans une position plus favorable que les grandes raffineries du nord du pays pour accompagner le développement des échanges énergétiques avec les États du Sahel.
La coopération pétrolière algéro-nigérienne ne se limite d’ailleurs pas à l’exportation de produits raffinés algériens.
Le 14 août, Sonatrach et la SONIDEP ont également annoncé leur première opération conjointe de commercialisation d’une cargaison de pétrole brut nigérien « Meleck », chargée depuis le terminal pétrolier de Sèmè, au Bénin.
D’un côté, du carburant raffiné en Algérie est vendu au Niger. De l’autre, Sonatrach participe à la commercialisation internationale du pétrole brut nigérien.
La coopération entre Alger et Niamey ne repose donc plus seulement sur des déclarations politiques ou des projets à long terme. Elle commence à se traduire par des opérations commerciales concrètes dans les deux sens.
Le 1er septembre 2026, le PDG de Naftal, Djamel Cherdoud, a reçu à Alger le directeur général de la SONIDEP, Ali Seibou Hassane, accompagné d’une délégation de haut niveau.
Selon l’APS, cette rencontre s’inscrivait dans le suivi et le renforcement des relations de coopération et de partenariat entre les deux entreprises. Les discussions ont également porté sur l’accélération de la mise en œuvre de leurs projets communs dans le secteur énergétique.
La proximité des dates avec les difficultés observées à Maradi interpelle, mais doit être considérée avec prudence : aucun élément officiel ne permet d’établir un lien entre cette réunion et la situation des stations-service de Maradi.
Sonatrach n’est désormais plus le seul acteur algérien à travailler directement avec la SONIDEP. Naftal, dont les activités concernent précisément la commercialisation et la distribution des produits pétroliers, approfondit elle aussi son partenariat avec l’entreprise nigérienne.
Le dispositif de coopération énergétique entre les deux pays devient ainsi progressivement plus large.
Après le Jet A1, l’essence ou le gasoil ?
C’est là que la situation de Maradi rejoint directement le rapprochement énergétique entre Alger et Niamey.
Si les difficultés actuellement observées devaient s’étendre et se transformer en véritable problème national d’approvisionnement, le Niger pourrait-il demander à l’Algérie d’élargir ses fournitures à d’autres produits pétroliers, notamment l’essence ou le gasoil ?
Pour l’heure, la réponse reste ouverte.
Aucune demande nigérienne et aucune décision algérienne allant dans ce sens n’ont été rendues publiques.
Surtout, les autorités de Maradi décrivent actuellement un problème qui relève davantage de la distribution que d’une insuffisance des volumes disponibles. Selon le gouverneur, la SONIDEP fournit suffisamment de carburant pour répondre à la consommation normale de la ville, mais une partie serait détournée des stations pour alimenter le marché parallèle.
La situation serait en revanche différente si les difficultés locales de Maradi se transformaient en véritable déficit d’approvisionnement à l’échelle nationale.
Dans ce cas, l’option algérienne pourrait naturellement entrer dans l’équation.

