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Quand les chiffres de Rezig mettaient l’État en alerte

Le chiffre a de quoi surprendre : 3 961 opérateurs économiques algériens employant entre zéro et cinq salariés ont inscrit dans leurs programmes prévisionnels d’importation un montant cumulé de 130,32 milliards de dollars pour le second semestre 2026.

L’annonce de ces chiffres par le ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, dirigé par Kamel Rezig, a provoqué une réaction immédiate au sommet de l’État, poussant le président Abdelmadjid Tebboune à convoquer en urgence une réunion de travail consacrée au dossier. Une véritable alerte économique qui pose désormais une question centrale : que représentent réellement ces 130 milliards de dollars ?

Les données rendues publiques par le ministère du Commerce extérieur sont suffisamment spectaculaires pour expliquer l’intervention de la présidence.

Selon les informations extraites de la plateforme numérique consacrée à l’importation des matières premières et des intrants de production, 3 961 opérateurs économiques employant au maximum cinq salariés ont déposé des demandes représentant au total 130,32 milliards de dollars.

La disproportion apparente entre les effectifs de ces entreprises et les montants déclarés a immédiatement attiré l’attention de l’administration.

76,88 milliards pour des entreprises de deux salariés

Le détail communiqué par le ministère est encore plus frappant.

Les 149 opérateurs ne déclarant aucun salarié ont présenté des programmes totalisant 484,58 millions de dollars.

Les 949 entreprises employant un seul salarié ont demandé 21,84 milliards de dollars.

Mais c’est la catégorie suivante qui concentre l’essentiel du phénomène : 851 opérateurs déclarant seulement deux salariés ont inscrit 76,88 milliards de dollars d’importations prévisionnelles.

À eux seuls, ils représentent près de 59 % des 130,32 milliards recensés.

S’ajoutent 722 entreprises employant trois salariés, pour 15,52 milliards de dollars ; 641 entreprises comptant quatre salariés, pour 1,74 milliard ; et 649 opérateurs employant cinq salariés, dont les demandes atteignent 13,84 milliards de dollars.

Rapporté à l’ensemble des 3 961 opérateurs, le montant représente une moyenne de près de 32,9 millions de dollars par entreprise.

Pour la seule catégorie des entreprises déclarant deux salariés, la moyenne dépasse même 90 millions de dollars par opérateur.

130 milliards demandés ne signifient pas 130 milliards importés

C’est toutefois ici qu’une distinction économique essentielle doit être faite.

Les 130,32 milliards de dollars annoncés ne correspondent pas à des marchandises déjà importées. Ils ne représentent pas non plus nécessairement des autorisations définitivement accordées ou une sortie effective de 130 milliards de dollars de devises.

Il s’agit du montant cumulé des programmes prévisionnels d’importation soumis à l’administration pour visa.

Autrement dit, nous sommes à ce stade devant un volume de besoins déclarés sur une plateforme administrative et non devant 130 milliards de dollars d’importations effectivement réalisées.

Un opérateur peut déposer une prévision qui sera ensuite réduite, modifiée ou rejetée par l’administration. Une partie des dossiers peut également faire l’objet de corrections ou d’investigations avant toute autorisation effective.

C’est précisément pourquoi le chiffre brut de 130,32 milliards doit être interprété avec prudence. L’analyse critique du dispositif souligne d’ailleurs la différence entre le montant inscrit dans un PPI et les importations qui seront finalement exécutées.

Le nombre de salariés peut-il suffire à identifier une anomalie ?

Le ministère met principalement en évidence la disproportion entre le nombre de salariés déclarés et les montants demandés.

Le signal est suffisamment inhabituel pour justifier des vérifications. Mais le nombre de travailleurs ne permet pas, à lui seul, de déterminer la capacité économique d’une entreprise.

Une analyse complète devrait également prendre en considération son chiffre d’affaires, son capital, ses capacités de production, ses équipements, son secteur d’activité, son historique d’importation et la nature exacte des matières premières ou machines demandées.

Une unité industrielle automatisée peut, par exemple, fonctionner avec un nombre limité de salariés tout en consommant des matières premières importées importantes.

À l’inverse, une entreprise disposant de moyens économiques très limités et réclamant plusieurs dizaines de millions de dollars d’importations sans justification industrielle correspondante constituerait une anomalie beaucoup plus sérieuse.

C’est l’enquête annoncée qui devra permettre de faire cette distinction.

Le ministère ouvre les dossiers des années précédentes

Face à ces chiffres, le ministère a décidé d’aller au-delà du seul programme du second semestre.

Une enquête doit être menée, en coordination avec les autres départements ministériels concernés, sur les matières premières, intrants et équipements importés par ces entreprises au premier semestre 2026, mais également au cours des années précédentes.

L’objectif annoncé consiste à comparer les quantités et valeurs importées avec la nature de l’activité déclarée, les capacités réelles de production, le nombre de salariés et le volume effectif de l’activité économique.

Les résultats pourraient donc permettre de distinguer les demandes économiquement justifiables des déclarations manifestement disproportionnées.

Des salariés qui apparaissent au moment du dépôt des dossiers

Un deuxième élément a particulièrement attiré l’attention du ministère.

La plateforme numérique, présentée comme étant appuyée par des technologies d’intelligence artificielle, aurait identifié des variations inhabituelles dans les déclarations de salariés.

Selon le ministère, certaines entreprises ont déclaré des travailleurs auprès de la sécurité sociale entre janvier et le 31 mars 2026, avant de ne plus déclarer aucun salarié en avril, mai et juin.

Des salariés seraient ensuite réapparus dans leurs déclarations entre le 1er juillet et le 30 septembre, soit durant la période correspondant aux procédures de dépôt et d’étude des programmes prévisionnels d’importation.

Le ministère considère cette concordance temporelle comme suffisamment suspecte pour justifier une nouvelle enquête.

Là encore, les investigations devront déterminer s’il s’agit de pratiques destinées à présenter artificiellement certaines entreprises comme actives ou de situations pouvant recevoir une autre explication.

Tebboune convoque une réunion en urgence

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Le président algérien Abdelmadjid Tebboune présidant, lundi 7 septembre 2026, une réunion consacrée aux données du ministère du Commerce extérieur. Photo : Présidence de la République algérienne

L’ampleur des données communiquées par le département de Kamel Rezig a finalement fait remonter le dossier jusqu’à la présidence de la République.

Abdelmadjid Tebboune a convoqué une réunion de travail consacrée aux informations transmises par le ministère et aux déclarations jugées suspectes.

Le dossier dépasse ainsi désormais le simple contrôle administratif des PPI : l’annonce des 130,32 milliards de dollars a provoqué une véritable alerte économique au sommet de l’État.

Cette réaction s’explique également par les conséquences potentielles d’une mauvaise évaluation des besoins d’importation. Dans une économie dépendante de l’étranger pour de nombreux équipements, pièces détachées et matières premières, l’enjeu consiste à protéger les ressources en devises sans bloquer les intrants indispensables à la production nationale.

La question décisive : combien restera-t-il des 130 milliards ?

C’est probablement le chiffre qu’il faudra désormais surveiller.

Après les contrôles, combien restera-t-il réellement des 130,32 milliards de dollars initialement déclarés ?

Combien de demandes seront validées ? Combien seront réduites ou rejetées ? Quelle part correspond à des besoins industriels démontrables ? Quel montant provient de dossiers comportant effectivement de fausses déclarations ? Et surtout, combien de dollars d’importations seront finalement réalisés ?

La publication de ces données permettrait de mesurer l’ampleur économique réelle du phénomène.

Car il existe une différence considérable entre 130 milliards de dollars inscrits dans des programmes prévisionnels, 130 milliards autorisés par l’administration et 130 milliards effectivement dépensés en importations.

C’est cette distinction qui devra rester au centre du débat.

L’annonce de Kamel Rezig a déclenché l’alerte. Les enquêtes devront désormais déterminer si les 130,32 milliards révèlent une tentative massive de gonflement des besoins d’importation ou si une partie de ce montant spectaculaire s’explique par le fonctionnement même du système des programmes prévisionnels.

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