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Un colonel à la retraite à la tête de la Radio nationale : le décret de 2024 revient dans le débat

Cas isolé ou début d’une tendance ?

La nomination de Hicham Allali, colonel à la retraite et ancien cadre de la communication de l’Armée nationale populaire, à la direction de la Radio algérienne relance une question apparue en 2024, après l’adoption d’un décret permettant à des militaires d’occuper certaines fonctions civiles jugées stratégiques. Simple choix de compétence ou signe d’une évolution plus large ?

Hicham Allali a officiellement pris les commandes de la Radio nationale. Installé le 3 septembre 2026 par le ministre de la Communication, Mohamed Bouslimani, en présence de Kamel Sidi Saïd, conseiller auprès du président de la République chargé de la Direction générale de la communication, il succède à Adel Salakdji à la tête de l’une des principales institutions de l’audiovisuel public algérien.

Présenté par plusieurs médias comme un colonel à la retraite, Hicham Allali a effectué une partie importante de son parcours dans les structures chargées de l’information et de la communication au sein de l’Armée nationale populaire (ANP).

Un décret qui avait suscité le débat

Cette nomination intervient deux ans après la publication d’un texte qui avait provoqué de nombreuses réactions.

En juillet 2024, un décret présidentiel a fixé les conditions et les modalités de détachement des militaires de carrière et contractuels auprès des administrations civiles publiques.

Le texte prévoit notamment que des officiers généraux et des officiers supérieurs peuvent être détachés pour occuper certaines hautes fonctions de l’État dans des secteurs considérés comme « stratégiques et sensibles », liés à la souveraineté et aux intérêts vitaux du pays. Pour ces fonctions, l’accord préalable du président de la République est requis.

Le dispositif permet ainsi à un militaire en activité de quitter temporairement les structures de l’ANP pour exercer une fonction dans une administration civile, tout en restant soumis à certaines règles de gestion de sa carrière militaire.

À sa publication, le décret avait suscité des lectures très différentes. Certains médias et observateurs avaient évoqué un risque de « militarisation » de fonctions jusque-là civiles. Une autre lecture consistait à y voir la volonté de l’État de pouvoir mobiliser des cadres militaires disposant de compétences particulières dans des domaines considérés comme sensibles.

Hicham Allali est-il concerné par ce décret ?

Aucun élément public ne permet d’affirmer que la nomination de Hicham Allali a été effectuée en application du décret de 2024.

Et pour cause : le nouveau directeur de la Radio est présenté comme colonel à la retraite, alors que le dispositif de détachement concerne des militaires en activité ou contractuels appelés à exercer temporairement dans une administration civile.

Les deux situations sont donc juridiquement différentes.

Le rapprochement entre la nomination d’Allali et le décret ne constitue pas la preuve d’un lien juridique entre les deux. Il permet en revanche de replacer cette nomination dans un débat plus large : celui de la place accordée aux profils issus de l’institution militaire dans la gestion de secteurs civils considérés comme stratégiques.

C’est probablement là que se situe la véritable question.

Le décret de 2024 évoque des secteurs stratégiques et sensibles touchant à la souveraineté et aux intérêts vitaux du pays. Dans un contexte marqué par la désinformation, les campagnes d’influence, les réseaux sociaux et la multiplication des guerres informationnelles, les médias sont devenus un enjeu de souveraineté pour de nombreux États.

Le choix d’un ancien responsable de la communication militaire pour diriger la Radio nationale peut dès lors être lu sous cet angle : recherche de discipline organisationnelle, maîtrise de la communication institutionnelle et expérience des enjeux liés à l’information stratégique.

Mais cette logique rencontre nécessairement les spécificités d’un média de service public.

La Radio nationale n’est pas seulement un instrument de communication institutionnelle. Sa mission est également d’informer, de rendre compte des préoccupations de la société, d’accueillir le débat et de proposer une information destinée à un large public.

C’est donc moins le passé militaire de Hicham Allali que la manière dont il dirigera l’institution qui permettra d’apprécier la portée réelle de sa nomination.

Cas isolé ou début d’une tendance ?

Parler dès aujourd’hui de « militarisation de la Radio nationale » serait aller plus loin que les faits disponibles.

Hicham Allali est un militaire retraité disposant d’une expérience dans le domaine même qu’il est désormais appelé à diriger. Rien ne permet par ailleurs d’établir que sa nomination découle juridiquement du décret présidentiel de 2024.

Mais la chronologie interpelle.

En 2024, l’Algérie s’est dotée d’un cadre juridique permettant à des officiers en activité d’occuper certaines fonctions civiles dans des secteurs stratégiques. Deux ans plus tard, un colonel à la retraite issu de la communication de l’ANP prend la direction de la Radio nationale.

Les deux faits ne relèvent pas du même mécanisme juridique, mais ils posent une question commune : quelle place l’État entend-il désormais accorder aux compétences issues de l’institution militaire dans la direction de secteurs civils sensibles ?

Pour l’instant, Hicham Allali constitue un cas à observer plutôt qu’une tendance démontrée.

Les prochaines nominations permettront peut-être de savoir s’il s’agissait simplement d’un choix de profil… ou d’un choix de méthode.

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